Quand un assureur refuse d’indemniser un cambriolage, la cause est souvent technique : la serrure ne correspondait pas aux spécifications du contrat. Les exigences des compagnies d’assurance en matière de serrures certifiées contre l’effraction suivent une logique de paliers, indexée sur les capitaux garantis et le type de risque. Comprendre cette mécanique permet de mesurer l’écart entre ce que couvre réellement un contrat et ce que protège la serrure installée sur la porte.
Capitaux assurés et niveau de serrure exigé : la grille de correspondance
Les assureurs ne demandent pas tous la même serrure. Le critère déterminant est le montant des biens couverts par la garantie vol. Plus le capital mobilier déclaré est élevé, plus le niveau de certification exigé monte.
| Niveau de capitaux assurés | Certification serrure minimale exigée | Résistance à l’effraction |
|---|---|---|
| Contrat standard (mobilier courant) | A2P une étoile (★) | 5 minutes de résistance aux tests |
| Contrat intermédiaire (objets de valeur déclarés) | A2P deux étoiles (★★) | 10 minutes de résistance aux tests |
| Contrat haut de gamme ou professionnel | A2P trois étoiles (★★★) | 15 minutes de résistance aux tests |
Cette segmentation, courante dans les contrats multirisques commerce, se diffuse vers certains contrats habitation haut de gamme. Un assuré qui déclare des bijoux ou des œuvres d’art se verra imposer un niveau de protection supérieur à celui d’un locataire avec un mobilier standard.
L’absence de serrure certifiée au bon niveau peut entraîner un refus total d’indemnisation, pas seulement une réduction. Les conditions générales précisent ces exigences dans le chapitre dédié à la garantie vol, parfois aussi dans les exclusions.

Certification A2P et norme européenne EN 1627 : deux référentiels qui convergent
La certification A2P, délivrée par le CNPP (organisme indépendant reconnu par les assureurs français), reste la référence sur le marché. Elle repose sur des tests en laboratoire simulant des techniques d’effraction réelles : crochetage, perçage du cylindre, arrachement, forçage.
En parallèle, la norme européenne EN 1627 classe la résistance des blocs-portes (et pas seulement des serrures) en catégories allant de RC1 à RC6. Les assureurs commencent à articuler ces deux référentiels.
- A2P évalue la serrure isolée : résistance du cylindre, du mécanisme et de la clé aux attaques destructives et non destructives.
- EN 1627 évalue le bloc-porte complet : dormant, vantail, paumelles et serrure ensemble, pour éviter qu’un élément faible annule la résistance de la serrure.
- Les contrats professionnels mentionnent de plus en plus le bloc-porte certifié A2P BP comme exigence minimale, plutôt que la seule serrure.
Cette convergence change la donne pour les particuliers aussi. Une serrure A2P trois étoiles posée sur une porte fragile ne satisfait pas l’esprit du contrat. Certains experts mandatés après sinistre vérifient désormais l’ensemble de l’ouvrant, pas uniquement le cylindre.
Serrure multipoints et nombre de points de condamnation : ce que vérifie l’assureur
La serrure multipoints (trois, cinq ou sept points de verrouillage) est souvent présentée comme un standard. En réalité, le nombre de points n’est pas en soi un critère contractuel pour la plupart des assureurs. Ce qui compte, c’est la certification A2P associée.
Une serrure trois points non certifiée offre moins de garanties contractuelles qu’une serrure trois points certifiée A2P une étoile. Le nombre de points de condamnation ne remplace pas la certification.
En revanche, les contrats qui couvrent des biens de valeur élevée exigent fréquemment une serrure multipoints certifiée, combinant ainsi les deux critères. Le raisonnement technique est simple : chaque point de verrouillage répartit la contrainte sur le dormant, ce qui ralentit le forçage par pied-de-biche, tandis que la certification garantit la résistance du cylindre au perçage et au crochetage.
Portes secondaires et autres accès
Les exigences ne se limitent pas à la porte d’entrée principale. Les conditions générales mentionnent souvent les portes de garage, les accès de service et parfois les fenêtres accessibles sans échelle. Pour ces ouvertures, les assureurs demandent au minimum un verrouillage par serrure ou verrou certifié, sans toujours imposer le même niveau A2P que pour l’entrée principale.
Les dépendances non sécurisées constituent une exclusion fréquente dans les sinistres vol. Si un cambrioleur passe par un garage dont la porte n’a aucun verrouillage conforme, l’assureur peut invoquer le non-respect des mesures de prévention.

Bloc-porte certifié A2P BP : pourquoi les assureurs élargissent leur exigence
Les données du SSMSI signalent une évolution qualitative du risque cambriolage, avec davantage d’intrusions réalisées en présence des occupants. Ce constat pousse les assureurs à considérer le temps de résistance global de l’accès, pas seulement celui de la serrure.
Le bloc-porte certifié A2P BP intègre tous les composants dans un même référentiel de test. Dormant, vantail, paumelles et serrure sont évalués ensemble. Un bloc-porte A2P BP supprime le risque de maillon faible entre des éléments de qualité inégale.
Pour les contrats professionnels (commerces, entrepôts), cette exigence est déjà répandue. Pour les particuliers, elle apparaît dans les contrats couvrant des capitaux mobiliers élevés ou dans les logements situés en zone à risque identifié.
Vérifier la conformité de ses serrures avant un sinistre
La certification A2P se reconnaît à un logo apposé sur la serrure et à une carte de propriété remise lors de l’installation. Conserver la facture du serrurier et la carte A2P constitue la preuve recevable en cas de déclaration de sinistre.
Les assureurs demandent parfois un diagnostic de sécurité avant la souscription, surtout pour les formules couvrant des montants élevés. Ce diagnostic, réalisé par un professionnel certifié, liste les points de vulnérabilité et les mises en conformité nécessaires.
Relire les conditions générales de son contrat, identifier le niveau A2P exigé et vérifier que chaque accès du logement correspond à ce niveau reste la seule méthode fiable pour éviter un refus d’indemnisation après effraction.

